Ce matin, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, a remis publiquement aux évêques de France et aux supérieurs des congrégations religieuses le rapport que l’Eglise lui a commandé il y a 3 ans. 

La mission de la CIASE était d’établir les faits sur les abus commis au sein de l’Eglise depuis 1950 ; elle était composée de 22 membres pour mener ce travail, et dotée d’un budget de plus de 3 millions d’euros. C’est l’Église elle-même qui a demandé et financé la constitution et les travaux de cette commission indépendante. Cette commission a recueilli près de 6500 témoignages, conduit de très nombreux entretiens approfondis, analysé des archives de diocèses et communautés et aussi réalisé une très large enquête avec l’INSERM auprès de 38 000 personnes. Ce travail colossal est sans égal dans d’autres pays jusqu’à ce jour. Extrêmement documenté, précis et rigoureux, il est une étape importante pour l’Eglise dans la lutte contre les abus.

Ce rapport est accablant à cause de l’ampleur des chiffres qui, sur soixante-dix ans, décrivent une insoutenable réalité : le rapport fait état de 330 000 victimes d’abus sexuels depuis 1950 au sein de l’Église, dont 220 000 abus par des prêtres, clercs, religieux et religieuses. Entre 2,5% et 2,8% des clercs et religieux hommes ont commis des abus. 

Ce fléau a touché l’ensemble de la société : 5,5 millions de personnes dans la société française ont subi des violences sexuelles avant leurs 18 ans, avec notamment 141 000 abus à l’école public hors internat scolaire, et une forte prévalence dans les milieux familiaux et amicaux (50% abus sexuels ont lieu dans les familles). Néanmoins si l’on compare le nombre des victimes mineures dans le milieu clérical avec d’autres milieux sociaux, il est deux fois supérieur dans l’Église aux autres catégories, écoles publiques hors internat, colonies de vacances, sport… Ainsi, pour 100 personnes ayant fréquenté un milieu défini, 0,82 % déclarent avoir subi des abus sexuels dans le milieu ecclésial, 0,36 % dans des colonies de vacances, 0,34 % dans des écoles publiques (hors internat), à 0,28 % dans le sport et 0,17 % dans le milieu culturel.  

Jean-Marc Sauvé a conclu la remise de son rapport en ces termes : 
Il ne peut y avoir d’avenir commun sans un travail de vérité, de pardon et de réconciliation. Nous avons contribué autant qu’il était possible au travail de vérité. C’est à l’Église de s’en emparer et de le poursuivre afin de retrouver à la fois la confiance des fidèles et le respect de notre société. L’Église catholique est une composante essentielle de notre société. Il est impératif de rétablir une alliance qui a été mise à mal. C’est un message d’attente, c’est un message d’espoir. Notre espérance ne peut pas et ne sera pas détruite. L’Église peut et doit faire tout ce qui est nécessaire pour rétablir ce qui a été abîmé, et reconstruire ce qui a été brisé.

Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a réagi :
Votre rapport est dur, il est sévère. Nous avons entendu la voix des personnes victimes, nous avons entendu leur nombre, ils dépassent ce que nous pouvions supposer. C’est proprement insupportable. J’exprime ma honte, mon effroi, ma détermination à agir. Vous, les personnes victimes, dont je connais le nom de quelques-uns et quelques-unes, mon désir en ce jour est de vous demander pardon.

Le temps des ambiguïtés et de la naïveté est dépassé. De ces faits, nous avons une vive conscience. Nous invitons les catholiques à lire ce rapport. Il amène aussi des éléments de réflexion pour toutes les composantes de notre vie sociale.

Nous sommes tous concernés par ce sujet. Nous avons tous notre part à jouer pour que l’Église puisse « rétablir ce qui a été aîmé, et reconstruire ce qui a été brisé ».

Comme l’écrivent les prêtres de Padre Blog :
Si nous ne sommes pas responsables des violences commises par des membres de l’Église, nous portons en revanche la responsabilité d’accompagner ceux et celles d’entre nous dont la dignité a été profanée et qui portent en eux une souffrance sans fond. (…) Nous sommes responsables de nous tenir à leurs côtés pour leur offrir l’écoute et la compassion auxquelles elles ont droit.

Nous n’avons pas le droit de tourner la page de la révélation des violences sexuelles commises dans l’Église. C’est la page que nous sommes en train d’écrire. C’est la page que l’Esprit Saint nous appelle à vivre aujourd’hui, avec les personnes victimes. (..)

Ne tournons pas la page, l’Évangile est à ce prix.
Aujourd’hui, je vous invite donc à deux choses :Lire la synthèse du rapport de la CIASE (15 pages), comme nous le demande Mgr de Moulins-Beaufort . Prier, beaucoup prier. Pour les victimes, pour les bourreaux, pour les complices par le silence, pour les responsables ecclésiaux. Prier pour que ce temps qui nous est donné porte des fruits de conversion et de miséricorde en abondance. Nous vous invitons à prier avec nous tout au long du mois d’octobre, en vous inscrivant à cette communauté de prière.

Source Hozana

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